dimanche 30 septembre 2012

Critique littéraire de "Poèmes à coeur", par Antoine Gosztola

Antoine Gosztola, auteur des "Vicissitudes de l'être", nous offre cette critique littéraire des "Poèmes à coeur" de Bamby
Poèmes à coeur

« Faire simple, c'est compliqué »
A. Bashung.

Poèmes à cœur serait ce recueil de Lolita fraichement catapultée dans le monde adulte, dans le monde des grands. Bamby fait d'ailleurs directement allusion à l'œuvre phare de Nabokov dans son poème Voyage Lolita.

Le sens des vers fleurit d'une certaine innocence, comme un appel à résister à la porte entrouverte de la réalité.

Celle-ci reprend toutefois le dessus, qu'il faut alors immédiatement magnifier :

La mort dans les yeux
Jaunes du chien
Phares de nuit
Au jardin
À minuit
Les dieux
Au lac ô rien

La grande force de Bamby est également de donner sens à ces objets qui nous entourent, qui nous accompagnent. La veste léopard, dont la description même, au-delà de la portée symbolique voire érotique du vêtement, s'envole sur les volutes enfantines des rêves paresseux qui nous accompagnent à nos dix ans. Les espadrilles, ornements d'été que l'auteur contemple attablée au café. La chambre whisky, ou l'antagonisme des termes provoque un effet d'ébranlement entre deux âges, qu'accompagne la musicalité du vers. Car c'est peut-être aussi là le génie de Bamby. Les vers sont simples, épurés, réduits à une forme courte, mais ils chantent dans nos têtes à la lecture. Les mots sont des notes sur une partition que notre cerveau joue à tue-tête, emporté par un rythme tantôt de comptine, tantôt de mélopée.

La poésie est le plus souvent libre, non-rimée. Nul besoin d'ailleurs de rimes, tant les images contenues dans chaque vers s'épousent parfaitement. Lorsque l'auteur s'en remet au vers rimé, le poème se transforme en berceuse.

Trois chapitres -Poèmes à cœur, Le damier magique et La féérie du voyage- composent ce recueil, lui conférant par-là même un effet de césure entre trois rêves distincts.

Entre les poèmes se retrouvent ces dessins enfantins les illustrant, comme celui qui couvre le livre. Chacun d'eux est un poème à part entière, léger tracé noir et blanc, innocent.

Bamby distille les mots sans trembler, empruntant aux vocabulaires enfantins et plus recherché, une esthétique rare.

Elle est cette Lolita, tantôt rêveuse tantôt aguicheuse, tantôt sirotant sa vodka et tantôt lovée au bras de maman. On l'imagine, blonde virevoltante, les yeux rivés à l'échancrure de sa robe, se promenant sur un nuage, reine des rêves.

Antoine Gosztola.