mardi 20 août 2019

Critique littéraire de Je suis né sur Google

Amalia Achard nous offre une magnifique critique littéraire de l'ouvrage Je suis né sur Google, de Ionuţ Caragea, dont elle est la traductrice. Merci de tout coeur !


La « mise à jour » d’un poète 

Ionuţ Caragea est un poète ayant déjà franchi un nombre non négligeable de frontières : non seulement des frontières de pays et de langues étrangères (ses œuvres étant traduites et publiées à travers le monde), mais des frontières de langage, de divin et terrestre également, avec la seule force du mot.

Surprenant, imprévisible, romanesque - mais à la fois rassurant, il nous entraîne, sur les ailes de ses poèmes, vers des lieux inaccessibles et inimaginables pour le mortel prosaïque, terre à terre.

Façonné d’une teinte d’ésotérique, d’une richesse de métaphores, de l’insolite, son monde sui generis  – la poésie – représente, selon l’aveu du poète, « mon bonheur et mon exi l».

Le lecteur se laisse guider sans crainte, et plus encore, il attend exalté de découvrir ce qui lui révélera le prochain pas, le prochain vers. Et il découvrira des réponses qui l’inciteront à formuler ses propres questions. Quant au poète, il connaît bien les siennes. Ses questions viennent de loin, d’avant sa naissance, d’avant que sons sang apprenne le chemin des veines, d’avant le premier verbe, d’avant toute joie et toute douleur, et se retrouvent « à la limite entre  découragement et désespoir ». Telle est une des philosophies de la vie: « ton cœur fait encore l’inventaire de tes sentiments / toutes les choses sont dans l’ordre naturel / de la souffrance ».

Ses réponses - des messages du divin: « Seigneur, / j’ai reçu ton message ». Et il considère comme un devoir envers son destin de leur donner contour en les « téléchargeant » en poésie.

Car celui qui est né sur Google, cet auteur de nouveaux jours, s’est vu naître poète par l’intermédiaire et à l’époque de cette technologie moderne qui est la folie de l’incontournable internet.

Et, même né dans le virtuel, il conquiert le monde réel. Parce qu’on ne peut pas s’opposer à la puissance de ses mots.

La vie et la mort, l’amour et le sacré sont les muses qui influencent ses écrits. Alliés précieux et dévoués au poète.

Toute chose banale devient sur le chemin du poète une merveille qu’il ne se permet pas d’ignorer: « je me dis toujours, aujourd’hui j’ai intérêt à être plus beau / car je risque de croiser le sublime ».

Rien n’est laissé au hasard, pas une seule phrase qui ne soit mûrement réfléchie… Est-ce une quelconque force céleste qui s’exprime à travers... les touches de son clavier ? On pourrait le croire: « comme je suis heureux / quand une poésie vient chez moi / tel un ange qui cherche ses ailles / parmi mes verbes ! »

Chez Ionut Caragea, la poésie et l’être aimé fusionnent, car si «l’amour se trouve à distance / d’un frôlement de mots», la poésie est « une alliance / et une promesse d’amour ». Il s’adresse à sa bien aimée et à la poésie avec la même tendresse, le même soin, il leur réserve les mêmes caresses, la même adoration, elles sont deux trésors distincts mais occupant, dans son âme, une seule et même place.

Le poète, « plus Homme que Saint » , conscient de son don, fait de son œuvre « une dédicace à Dieu ». Et ce n’est pas pour rien, car si nous cherchons tous le bonheur, peu sont ceux qui le trouvent, et dans ce sens, Ionuţ Caragea est un privilégié. Pour lui, qui n’a plus à chercher, « seule la poésie reste la meilleure / part de bonheur à jeun ».
 
Comment finir, par quels autres mots sinon ceux de l’auteur : c’est ça « être poète ou un peu / fou... » !

Et nous sommes fous de ses poèmes !

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