dimanche 13 mai 2018

Nouvelle salve de prix littéraires pour Annie Poirier

La talentueuse Annie Poirier, qui a publié aux Éditions Stellamaris À l'ancre de mon coeur, Invitation et Vagabondages, nous fait part de sa joie d'avoir reçu pas moins de trois prix de poésie aux Jeux Floraux de La Roche sur Yon, organisés par l'association l'Essort Poétique, cette année :

1er prix section sonnet pour le poème En souvenir de toi


En souvenir de Toi

Quand je m’en vais fleurir cette tombe discrète,
Où nul ne vient prier, on ne te connaît pas !
J’y traîne mon chagrin, la lourdeur de mes pas,
Mon ombre qui me suit, me devance, s’arrête…

À force de silence, un jour on le regrette ;
C’est ainsi que le soir d’un tout dernier repas,
J’ai sondé ton regard, devançant le trépas,
Pour y cueillir un brin de parole secrète.

D’une douceur pendue au fil du souvenir
Il ne me reste rien qui puisse revenir ;
Il est beaucoup trop tard pour une autre caresse.

Mendiante d’amour, je reste sur ma faim,
Si tous deux nous n’avons jamais goûté l’ivresse,
Aujourd’hui je m’apprête à tracer le mot FIN…

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Second prix, section thème imposé : la rue pour le poème : La rue gourmande


Rue gourmande
J’aimerais au balcon de la lune m’asseoir, 
Et retrouver la rue où je vécus l’enfance
Entre l’aube rieuse et son voile du soir.

Nous l’empruntions à pied, sans craindre aucune offense, 
Pour aller à l’école en se donnant la main,
Concédant aux parents leur dernière défense !

Les pavés des trottoirs, aux senteurs de cumin,
Avaient tous les jeudis comme un goût des brioches
Dont on gardait la tête, offerte au lendemain !

L’épicerie ouvrait sur un rire de cloches,
Si nous poussions sa porte avec timidité
Pour échanger trois sous qui démangeaient nos poches…

La magie opérait quand la publicité
Agitait sous nos yeux un serpent de réglisse
Enroulé sur lui-même et notre avidité !

Le manège du temps, sur un air de malice,
Fait-il encor danser les doux chevaux de bois
Et ce nouvel oiseau si fier de son hélice ?

Hélas, je ne sais plus, dans ce monde aux abois,
Si l’enfant de nos jours pour un cornet de glace
Ose se rendre seul écouter le hautbois
Du platane géant de mon ancienne place...


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Troisième prix de poésie classique pour le poème Leçon de vie


Je me souviens d’un temps où j’étais si jeunette
Que je tenais le monde au creux de mon mouchoir,
Et comme l’oisillon du haut de son perchoir,
Je calquais mes progrès sur des sauts de rainette !

Le printemps de ma vie en sa naïveté,
Tricotait mon bonheur avec force tendresse
Tandis que je forgeais dans le nid de l’ivresse
Les rêves les plus fous pour une éternité !

Le courant de mes jours, en corne d’abondance,
Offrait mille trésors à mon désir gourmand :
Un vol de coccinelle, un pissenlit charmant,
Les mûres des talus dont je faisais bombance...

Quelques amis parfois venaient à la maison,
Avec d’autres bambins, j’appris l’obéissance
En voyant s’échapper la belle insouciance
Par une porte ouverte à l’âge de raison !

La hâte de grandir, à force d’être sage,
Fit que ce temps se mit à galoper soudain...
Ne sachant pas encor qu’il peut être gredin
Je surveillais plutôt le gonflant d’un corsage !

Lors de notre existence il faudrait un brouillon
Afin d’en effacer chaque chose futile,
Car lorsque l’on comprend que tout est volatile
Il est déjà trop tard, le cœur a son haillon !

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Et voici la poétesse...