Déplacement

Je serai en déplacement du jeudi 22 juin au lundi 3 juillet inclus. Pendant cette période, je continuerai à pouvoir consulter mes mails et à servir les commandes de fichiers pdf et epub.
  • Les commandes de livres papier reçues seront servies à mon retour.
  • Sur les sites de Amazon et de la Fnac, les livres que je publie apparaîtront comme temporairement indisponibles ; elles seront à nouveau disponibles à mon retour.


mercredi 22 avril 2015

Critique littéraire des Bonheurs du jour 2012 et 2013

Martine Maillard, auteur de quatre ouvrages publiés ici, nous offre une critique littéraire des Bonheurs du jour 2012 et 2013, de Marie-Séraphine Gillet

Bonheurs du jour


Voici longtemps que je m’étais intéressée aux « Bonheurs du jour » de Marie-Séraphine Gillet (sans connaître son nom, pourtant si inspirant !) par l’intermédiaire du blog qu’elle avait créé (et poursuit toujours) sur internet.

Chaque jour, en quelques phrases, elle cernait une activité toujours intime, précieuse et cependant totalement impersonnelle, si banale que nous avions l’impression d’y participer avec elle, et l’épinglait comme un tableau pour embellir et ensoleiller la journée. Elle avait beaucoup de succès, si l’on en croit le nombre des commentaires qu’elle recevait, et c’était mérité ô combien, vu la joie et la confiance en la vie qu’elle était capable ainsi de nous insuffler !

Et voici qu’elle les a publiés, ces « Bonheurs du jour » ! Et publiés chez mon éditeur préféré, Stellamaris bien sûr, sous la forme de petits opuscules carrés faciles à transporter et à feuilleter (15 x 15 cm), classés par année.

En effet il s’agit en quelque sorte d’éphémérides, ou plutôt de feuillets quotidiens (ou presque) débutant au premier janvier de l’année pour se terminer au 31 décembre, n’utilisant qu’une page bien aérée chacun (sauf cas exceptionnels où le texte est vraiment court et où la page en héberge deux), et progressant de mois en mois au fil des douze chapitres : une sorte de livre de chevet en somme, qui me rappelle avec bonheur l’album « Un conte pour chaque soir » (éd. Gründ) que j’avais acquis pour mes fillettes autrefois.

Ce qui fait le délice de cette lecture, c’est à la fois la simplicité et la variété des « bonheurs » qui sont évoqués. Simplicité du style d’abord : l’usage de l’infinitif, pour cibler une action, ou même s’il s’agit d’une pensée, pour indiquer qu’elle reste un acte libre et volontaire de la part du penseur. Peu d’éléments, mais clairs et toujours orientés vers le positif, vers la démonstration qu’il est facile de se sentir heureux et libre. Par exemple dans ce texte daté du 2 juillet 2012 :

          Savoir ce qu’on ne veut pas vivre, le dire, et choisir une autre voie.

Simplicité du contenu ensuite : on regarde ses fleurs, on les cueille, on longe la Durance (mars 2012 - c’est là que nous découvrons que Marie-Séraphine, tout de même, a la chance de vivre dans le Sud-est, région de douceur s’il en est !), on fait son jardin, on achète le journal… Ou encore on cuisine, on fait le marché, on déjeune avec celui qu’on aime, on conduit des enfants voir des petits animaux (6 mars 2012) :

          Aller avec les petits à la chèvrerie pour voir les chevreaux nouveau-nés.

Mais aussi infinie variété de l’inspiration qui traduit l’amour du beau à travers une culture artistique et littéraire douce et apaisante : visites d’expositions (Le Caravage, photographies de fleurs), multiples notes de lecture (Nelly Sachs, Henry Bauchau, Emily Dickinson, Charles Juliet…), évocation de musiques écoutées ou plutôt d’interprètes retrouvés avec plaisir (Kathleen Ferrier dans Mahler, Nathalie Desaix dans Verdi, Clara Haskil dans Mozart…), sorties au spectacle (le Lac des Cygnes de Tchaïkovski…). Mais dans l’exemple que j’insère ci-dessous, d’autres éléments s’ajoutent pour créer la plénitude du bonheur ressenti (11 mars 2012) :

          S’installer dans le grand fauteuil avec un chat sur chaque accoudoir et un troisième sur les genoux. Voir et écouter Renaud Capuçon et Franck Braley interpréter, sur Arte, la sonate Le Printemps de Beethoven. Reconnaître que quand même, la musique ou les livres savent toujours arriver au bon moment.

Le monde contemporain est donc également constamment intégré avec l’évocation des émissions de télévision ou de radio. Tout comme il est question du courrier, des personnes rencontrées ou des visites reçues. Par exemple ici au 15 septembre 2012 :

          Prendre le temps de faire le courrier. Répondre à une amie qui a envoyé une longue lettre. Répondre par lettre à une amie qui a envoyé un mail. Ecrire à quelqu’un pour lui demander des nouvelles. Poser les enveloppes sur le buffet en se disant qu’on ira les poster demain matin.

Pourquoi ces notes journalières, tellement riches dans leur contenu que je ne puis en faire le tour, nous touchent-elles si profondément tout en nous apaisant ?

Parce que leur auteur a elle-même accompli un chemin intérieur et sait le communiquer à son lecteur. C’est d’emblée qu’elle l’annonce dans le petit texte situé en 4e de couverture de chacun des deux ouvrages parus (Bonheurs du Jour 2012 et Bonheurs du Jour 2013) :

          Qu’est-ce qu’un Bonheur du jour ?
      C’est un moment de bonheur. Il permet de comprendre que la vie est en train d’être vécue pleinement, et non pas happée par un quotidien dont le contenu nous échappe. (…)
          C’est l’assurance que, même dans l’adversité la plus terrible, nous sommes les propriétaires de nous-mêmes et que personne ne peut nous enlever notre intime liberté.

Et Marie-Séraphine (j’aime ce second prénom, que pourtant elle cache la plupart du temps !) ajoute dans la préface qu’elle appose à chacun des deux ouvrages en page 5 :

          Les Bonheurs du jour ont commencé par être dits. (…) Le dire provoqua des réactions :
« Vous êtes toujours positive ! » « Ça fait du bien de vous entendre ! » (…) Alors on écrivit les Bonheur du jour dans un carnet. Puis cette même personne ajouta : « Vous devriez les publier (…) » ; alors on en fit un blog. Et quand ils furent très nombreux ceux qui dirent : « Vous devriez en faire un livre », on réfléchit longuement, et on osa le geste fou de publier les Bonheurs du jour de l’année 2013. »

C’est donc ces derniers qui eurent la primeur de l’édition, alors que je ne vous ai cité ici que ceux de 2012, antérieurs et plus fournis, auxquels j’ai donné la priorité de ma lecture ! Ils sont cependant tous de la même veine, de cette même source chaleureuse et régénérante qui peut au soir d’une journée éprouvante, vous apaiser au même titre que le sourire d’une mère ou la généreuse confidence d’une voix amie. Chaque page est une goutte de soleil (au sens de joie) et d’ombre (au sens de protection) à la fois, et pour s’en persuader pourquoi ne pas lire celui-ci, qui date aussi de 2012 (7 octobre) mais est en fait une réédition d’un précédent non encore publié :

Relire d’anciens Bonheurs du jour (…)
17 octobre 2010 : Habiter sa maison intérieure.
Se souvenir d’un passage de Mario Rigoni Stern : « Cette maison était comme une tanière souterraine, avec un emplacement pour dormir, un autre pour le feu, un autre pour une vingtaine de livres. »
Avoir la chance d’habiter cette maison qui est au fond de soi-même.

Ce m’est l’occasion d’ajouter que chacun de ces petits textes, dont la concision et la cohésion de style rappellent un peu des poèmes, est accompagné d’un titre synthétique, peut-être imposé à l’origine par leur présence sur un blog, mais toujours bienvenu dans sa manière d’accrocher le regard du lecteur en soulignant d’emblée la confiserie, la douceur à savourer qu’il trouvera dans le petit texte joint…

Oui, vraiment, Marie-Séraphine porte bien ce prénom qui évoque la douceur des anges élevés dans la lumière…


Martine Maillard
22 avril 2015