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dimanche 13 janvier 2013

Critique littéraire de "Quadrilatère", par Antoine Gosztola

Antoine Gosztola, auteur des "Vicissitudes de l'être", nous offre cette critique littéraire de "Quadrilatère" de Márcia Marques-Rambourg


Quadrilatère

Défini par son auteur, Márcia Marques Rambourg, comme un « ensemble de réflexions sur l'expérience poétique », Quadrilatère se présente, entre la pensée philosophique et la restitution poétique du vers, tout à la fois comme une invitation à l'introspection, à la découverte de l'altérité et du travail du poète.

Segmenté en quatre chapitres (le cinquième -Le début-, faisant office de résultat aux précédents), chacun décrivant une phase de l'écriture, le recueil se présente sous la forme d'un tout qui, une fois les parties achevées et réunies, présente l'inspiration poétique et sa démarche. Ces quatre parties, respectivement Le regard ou le corps de l'autre, L'amour ou son propre paradoxe : l'amour, Le travail ou le dessin de l'écriture et L'espace ou les problèmes du vide, invitent le lecteur à entrer dans l'univers de l'auteur, tout en laissant, par la force de la libre interprétation se dégageant des poèmes, la place au replis sur soi, à l'imagination, au dépouillement de l'être.

Quatre parties. Quadrilatère. On retrouve le chiffre quatre et ses allusions un peu partout au rythme des poèmes qui composent ce dernier. Ce n'est pas un hasard si Márcia Marques Rambourg a ainsi voulu délimiter son recueil. Elle rend ainsi un hommage appuyé à João Cabral de Melo Neto (1920-1999), immense poète brésilien qui, bien qu'il n'est, à ce jour, jamais été traduit en français, n'en reste pas moins un des auteurs majeurs de son pays. João Cabral qui avait composé le poème Numero quatro, dont les vers ont sans aucun doute possible ressurgit dans l'esprit de Márcia Marques Rambourg au moment de composer son œuvre:

Le numéro quatre comme une chose
ou la chose pour le quatre carré,
soit espace, quadrupède, table,
c'est rationnel en ses pattes*

Elle cite d'ailleurs le nom du poète défunt dans l'une de ses compositions, formant le cœur de la troisième partie, Le travail ou le dessin de l'écriture, où place est faite au travail du peintre en lien avec celui du poète, comme si l'inspiration poétique trouvait son origine dans la même ontologie que la peinture. Comment ne pas se rappeler ici que João Cabral a été, dans sa jeunesse, fortement inspiré par le surréalisme au contact notamment de Joan Miró.

Les références aux grands peintres se succèdent. On retrouve Magritte, le poème Extraits d'arbres rappelle étrangement le tableau de Berthe Morisot représentant Manet et sa fille au jardin de Bougival.

Le mot « cadre » revient fréquemment. Le cadre du peintre. Mais Márcia Marques Rambourg se sert du cadre pour déstructurer la poésie afin de contrer l'extérieur structuré, droit, angulaire. La notion d'espace, titre de l'une des parties, trouve aussi son importance et rappelle l'interrogation persistante de Michaux sur l'espace du dedans et l'espace du dehors. En effet, l'impression se dégage d'un dehors froid, où l'hiver sévirait sans discontinuité, réglé, étranger à toute forme de poésie. C'est cet espace du dehors que l'auteur contre à l'aide de son écriture pour trouver, au cœur de son cadre, de son « espace du dedans » cher au poète originaire de Namur, la force de survivre.

Car l'écriture de Márcia Marques Rambourg sonne juste, précise dans le ton et dans l'effet. Son « verbe barbare », ainsi qu'elle le décrit, passe de la prose au vers avec une facilité déconcertante, tourne le dialogue à l'élan poétique, multiplie les allitérations au sein d'une poésie écorchée vive, afin d'atteindre une magnificence procréée par l'habile combinaison des sonorités de la langue et du sens des mots.

Une profonde mélancolie semble se dégager de l'ensemble, comme en témoignent ces quelques vers :

Le décor du mot n'existe pas:
Seul le deuil, ou la peine
Du don moribond
Du talent exfolié.

Antoine GOSZTOLA

*Un grand merci à mon ami Jorge Luiz pour la traduction du poème Numéro quatro de João Cabral.